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Entretien avec Nadège Crausaz, massothérapeute enseignante

Dans le cœur animé de Lausanne, au-dessus du café Coccinelle, un espace réunit plusieurs disciplines autour d’un objectif commun : le soin global du patient. C’est ici, au sein de la Clinique Ostéopathie du Flon, que Nadège Crausaz exerce depuis plus de 8 ans la massothérapie, une pratique qu’elle considère comme une science du toucher. Formée à des techniques variées — massage thérapeutique, sportif, prénatal, drainage lymphatique, réflexologie — elle apporte aux tissus une lecture fine, guidée par son expérience et sa rigueur palpatoire.
Depuis 2013, elle collabore étroitement avec l’Ostéopathie du Flon. Cette coopération illustre une conviction profonde : la santé du patient ne peut être envisagée qu’à travers une approche pluridisciplinaire, où la main du massothérapeute joue un rôle essentiel en complément du travail de l’ostéopathe ou du physiothérapeute. Reconnue pour son professionnalisme et son humanité, Nadège Crausaz s’est imposée comme une figure incontournable de cette équipe interdisciplinaire.

Nous vous proposons un bref entretien à la rencontre d’une personnalité généreuse.

Qu’est-ce qui vous a amenée à devenir massothérapeute, et comment votre pratique a-t-elle évolué depuis plus de 15 ans ? 

Depuis mon adolescence, j’avais le projet de devenir infirmière, habitée par l’envie de prendre soin des autres. Puis les circonstances de vie ne m’ont pas permis de me former dans cette profession. Néanmoins, je prenais soin de mon entourage et surtout des mes filles en posant mes mains, parfois sans masser, mais toujours avec la volonté d’aider. Puis j’ai commencé à masser les épaules et le dos de mes proches. Consciente que ces gestes amenaient un mieux-être, j’ai décidé, après un week-end d’initiation au massage, de me lancer dans une formation professionnelle en 2011. Je n’ai par la suite jamais cessé de me former et de travailler au cabinet en parallèle de mon emploi dans un établissement bancaire. En 2022, j’ai pris la décision de me consacrer entièrement à mon activité thérapeutique, une décision du cœur que je ne regrette pas !

Parmi les différentes techniques que vous proposez (massages thérapeutiques, sportifs, prénatal, drainage lymphatique, réflexologie, ventouses), comment choisissez-vous celle qui correspond le mieux à un patient ?

 Lorsque je rencontre un patient pour la première fois, je prends le temps de le connaître en faisant une anamnèse. Nous passons en revue ses besoins thérapeutiques, son parcours médical, s’il le souhaite il partagera aussi quelques aspects de sa vie personnelle, et, selon la prise en charge thérapeutique qu’il a déjà mis en place (physiothérapie, ostéopathie, acupuncture, etc) et sa problématique, je lui propose un plan thérapeutique adapté. A chaque nouvelle séance, je fais le point avec lui sur bénéfices de la séance précédente et sur son état actuel afin non seulement d’affiner au mieux ma prise en charge mais compléter celle des autres acteurs de sa santé. Le plan est ainsi évolutif et les techniques utilisées peuvent varier d’une séance à l’autre.
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Depuis 2013, vous collaborez avec l’équipe d’ostéopathes du Flon. Comment décririez vous cette complémentarité dans la prise en charge des patients ? 

C’est un réel plus pour nos patients ! Cette prise en charge globale accélère fortement le rétablissement du patient tout en permettant aux thérapeutes respectifs un travail plus ciblé. En effet, un patient ayant une musculature plus détendue pourra bénéficier plus rapidement du travail de l’ostéopathe qui pourra se concentrer immédiatement sur la problématique ostéopathique et vice-versa, un patient traité préalablement en ostéopathie pourra réduire ses séances de massages, l’effet étant plus rapidement restauratif sur un corps sain. 

Pouvez-vous donner un exemple concret où la collaboration entre massothérapie, ostéopathie et physiothérapie a particulièrement bénéficié à un patient ? 

Il y en a beaucoup ! Je me rappelle néanmoins de cette patiente de 35 ans, jeune maman d’un enfant de 4 mois, et qui devait reprendre le travail après son congé maternité. Suite à nos conseils, elle a non seulement bénéficié de soins préparatoires à son accouchement en ostéopathie et en massage prénatal, mais elle a débuté sans tarder une rééducation du périnée en post partum avec notre collègue physiothérapeute, tout en ayant un suivi avec son ostéopathe qui l’a aidée à récupérer de son accouchement. Son bébé a été également vu par un ostéopathe du cabinet. De mon côté, je l’ai vue régulièrement pour apaiser ses tensions cervicales et dorsales engendrées par l’accouchement, mais aussi par la position d’allaitement et le portage de son bébé. Ces différents soins lui ont permis de se remettre sur la plan physique, mais également sur la plan émotionnel tout en gérant le stress induit pas une vie bien remplie. Elle a pu reprendre son travail en forme et aborder cette nouvelle étape de vie dans la sérénité. C’est un exemple parmi d’autres. Cette synergie de compétences bénéficie à tout un chacun qui se soucie de sa santé et son équilibre au quotidien. Les sportifs également, qu’ils soient amateurs ou pro, apprécient énormément ce suivi tridimensionnel qui s’adapte à leur rythme de performance. 

En quoi le travail en lien étroit avec l’Ostéopathie du Flon a-t-il enrichi votre approche professionnelle ? 

Travailler en équipe est un moteur pour moi, il l’a toujours été dans mes différentes sphères professionnelles. Les échanges quotidiens formels ou informels que j’entretiens avec mes collègues sont extrêmement formateurs sur le plan de mes connaissances théoriques. Par ailleurs, ce travail en collaboration étroite avec les autres corps thérapeutiques m’a permis de proposer à mes patients des alternatives à mes soins lorsque mes soins ne permettaient plus d’améliorer son état. Et c’est là que le travail d’équipe est payant ; pouvoir référer un patient en toute confiance à un collègue et le voir revenir avec le sourire est extrêmement satisfaisant. Mes soins sont alors suivis de résultats probants grâce à cette collaboration étroite et au partage d’information, qui se fait bien sûr toujours en accord avec le patient. Par ailleurs, j’ai également le grand plaisir de former mes collègues ostéopathes à des techniques de massage spécifiques, ce qui leur permet également d’enrichir leur pratique. 

Le massage est parfois perçu comme un soin de confort. Comment défendez-vous sa place comme outil thérapeutique dans le suivi médical ? 

C’est un vaste sujet effectivement. Comme le disait le poète Romain Juvénal au 1er siècle puis bien plus tard Pierre de Coubertin, « un esprit sain dans un corps sain » ; le massage thérapeutique agit sur tous les systèmes du corps. Pour n’en citer que trois, le système nerveux, le système digestif et le système lymphatique. Un massothérapeute dûment formé saura comment restaurer l’homéostasie de l’organisme, agira sur les douleurs musculaires, améliorera le fonctionnement du système lymphatique ou encore permettra par ses conseils de prévenir les troubles musculosquelettiques (TMS) liés aux mauvaises postures. Ainsi, le patient pourra, dans la plupart des cas, diminuer sa prise d’anti-douleurs ou anti-inflammatoires, reprendre possession de son corps et mieux le comprendre. Nos ancêtres de tous les coins du monde pratiquaient énormément le massage et les thérapies naturelles, mais le développement des médicaments a relégué ces pratiques au stade de « remèdes de grand-mère » parfois, ce qui est délétère pour la prévention et le traitement des TMS, et pour l’équilibre de notre organisme. Le massage est souvent perçu comme un soin de confort car il est principalement associé à la relaxation, au bien-être et à la détente, tandis que le terme « thérapeutique » est réservé aux soins qui ciblent des problèmes de santé spécifiques. Cette perception est probablement liée à la pratique des massages bien-être en institut qui n’ont pas de visée médicale, contrairement aux massages et techniques thérapeutiques dispensés par des massothérapeutes professionnels, qui visent à traiter des douleurs ou des dysfonctionnements. De plus en plus de médecins généralistes sont conscients des bienfaits thérapeutiques des massages, du drainage lymphatique manuel ou de la réflexologie car les patients leur mentionnent clairement quels bénéfices ils ont eu, sur la plan physique et émotionnel, mais également sur la diminution de leur médication « de confort » (AINS et anti-douleurs).


Vous êtes agréée ASCA et RME. Qu’est-ce que cela signifie pour vous et vos patients ?

 Actuellement, certaines caisses maladies complémentaires se basent sur l’agrégation remise par ces organismes aux thérapeutes pour rembourser les prestations de thérapies complémentaires. Pour moi, ces agrégations pourraient se traduire par « Label de Qualité ». En effet, les thérapeutes agréés doivent justifier de formations continues toutes les années, non sans avoir suivi au préalable des centaines d’heures de formation pour acquérir la base de leur profession. Personnellement, je me forme en moyenne durant plus de 60 heures par année, alors que les requis sont de 16 heures. Mais comme je le dis souvent, se former c’est grandir encore ! Il est néanmoins à noter que le thérapeute doit débourser chaque années quelques centaines de francs en plus de ses formations pour renouveler ses agrégations. C’est un réel modèle économique, mais qui va fortement évoluer ces prochaines années. 

Comment abordez-vous les questions d’assurance et de remboursement avec vos patients, compte tenu des différences entre caisses maladie ? 

Pour le patient affilié à une caisse maladie complémentaire, cette agrégation est un requis pour que certaines caisses remboursent mes soins. Mais attention, c’est un marché libre et chaque assureur applique ses propres règles, rien n’est garanti. Il est donc préférable que le patient se renseigne avant de me consulter afin de vérifier l’étendue de la couverture d’assurance. Je prends néanmoins le temps nécessaire pour trouver avec lui la meilleure solution financière. Il m’arrive, par exemple, d’adresser certains patients qui n’ont pas de complémentaire mais qui ont besoin de drainage lymphatique manuel à ma collègue physiothérapeute afin qu’avec un bon de leur médecin, ils puissent être pris en charge par la LAMAL. Déontologiquement, mon rôle est aussi de limiter les soins à une prise en charge purement thérapeutique et donc de limiter une consommation dite de confort ; si j’estime qu’adresser un patient à un autre thérapeute serait plus pertinent pour améliorer la prise en charge à l’instant T, je me dois de le faire. Par ailleurs, j’ai de nombreux patients qui n’ont pas d’assurances complémentaires mais qui me consultent régulièrement afin de prévenir les TMS, gérer leur stress ou simplement pour prendre soin d’eux sur le plan global. Cela fait partie de leur hygiène de vie !

Selon vous, quelle est la contribution spécifique du massage dans une stratégie de santé globale et intégrative ? 

Dans un plan de santé globale et intégrative, le massage offre des bienfaits physiques, mentaux et émotionnels en complément des autres soins, notamment l’amélioration de la circulation (sanguine et lymphatique), la réduction du stress par le diminution du taux de cortisol (hormone du stress) et des douleurs par une action sur différents systèmes, le renforcement du système immunitaire (réduction de l’inflammation, élimination des toxines) et l’optimisation du sommeil par une action sur le système nerveux. Il favorise ainsi une reconnexion corps-esprit et peut aider le corps à mieux intégrer les autres traitements. De plus, mes différentes formations me permettent, entre autre, de travailler sur la sphère viscérale par exemple, dont les dysfonctionnements sont responsables de plus de 50% des maux de dos, ou encore sur le crâne permettant ainsi de libérer certaines tensions cranio-sacrales et ainsi permettre une meilleures circulation du liquide céphalorachidien. 

Comment voyez-vous l’avenir de la massothérapie en Suisse dans les prochaines années ?

 C’est un vaste sujet ! Les assureurs tendent à restreindre de plus en plus la prise en charge des prestations de thérapie complémentaires, non seulement pour la massothérapie mais pour bon nombre d’autres disciplines, en demandant aux thérapeutes toujours plus de formations. Certaines caisses complémentaires ne reconnaissent déjà plus les nouveaux thérapeutes qui débutent dans cette profession, alors que d’autres ne remboursent déjà plus que les prestations délivrées par des thérapeutes avec diplôme ou brevet fédéral. Malheureusement, ces diplômes et brevet fédéraux ne prennent en compte ni l’expérience acquise ni les formations continuent effectuées tout au long de la carrière du thérapeute. Les package de formations menant aux reconnaissances fédérales proposés par les écoles de massage sont formattés pour répondre aux exigences fédérales et ne laissent que peu de place à la pratique et à l’intégration des techniques. Par ailleurs, ces formations sont très chères, en moyenne CHF 35’000 à 40’000, requièrent un stage de 6 mois non payé hors de son cabinet avec des frais supplémentaire de supervision. Bien sûr, l’étudiant pourra bénéficier de la prime fédérale s’il se présente à l’examen final, mais le coût reste un frein pour bon nombre de personnes. Qui plus est, obtenir un diplôme ou brevet fédéral ne garantit pas une reconnaissance pérenne par les assureurs sur le long terme. Pour ma part, je préfère garder mon indépendance en choisissant les formations qui me correspondent et qui répondent à mes aspirations thérapeutiques tout comme aux besoins de mes patients. A mon avis, dans les 10 ans à venir, bon nombre d’assureurs ne rembourseront que les prestations délivrées pas des massothérapeutes avec brevet fédéral. Ceci devra obligatoirement passer par une modification des contrats d’assurances (attention à ne pas accepter des modifications unilatérales de l’assureur) et le patient fera donc un choix : garder son assurance complémentaire mais avec un choix très restreint de massothérapeutes remboursés (et d’autres thérapeutes également) par son assurance ou sortir du modèle d’assurance complémentaire, prévoir son budget de soins en toute conscience et choisir librement son (masso)thérapeute. En tous les cas, cela impactera tout le monde; patients, thérapeutes, organismes ASCA et RME qui n’auront plus de raison d’être pour 90% pour des massothérapeutes non brevetés. Mais je suis également persuadée que cela dynamiser ce secteur, permettre à certains massothérapeutes d’innover et aux patients de faire des choix encore plus réfléchis concernant leur prise en charge. Je pense également que certains assureurs décideront de se positionner plus spécifiquement sur ce marché en continuant à rembourser des prestations comme actuellement et proposeront des produits d’assurance spécifiques. Les clients des assureurs auront également un grand rôle à jouer en se positionnant vis-à-vis de ces changements.  

Osteopathie du Flon

Clinique de l'Ostéopathie du Flon, Rue Adrien-Pichard 20, 1003 Lausanne

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